Homoparentalité : le parcours de Jimmy et Jérôme

Homoparentalité : le parcours de Jimmy et Jérôme

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Jimmy et Jérôme n’avaient pas prévu de devenir les pionniers de quoi que ce soit. Ils voulaient juste être pères. Quand Capucine est arrivée dans leur vie, après vingt-deux mois d’attente et un dossier instruit par le conseil départemental de l’Eure, ils ont compris que le chemin était long, exigeant, parfois épuisant — mais possible. Aujourd’hui, ils relancent une nouvelle procédure d’agrément pour accueillir un deuxième enfant. Leur histoire, concrète et sans fard, dit mieux que n’importe quel texte de loi ce que signifie fonder une famille homoparentale en France.

Ce qu’il faut retenir
  • L’homoparentalité désigne toute structure familiale où un ou deux parents se définissent comme gay ou lesbienne ; le terme existe en France depuis 1997.
  • En 2020, 27 % des couples de femmes et 6 % des couples d’hommes vivaient avec au moins un enfant de moins de 18 ans.
  • Les voies d’accès à la parentalité pour les couples de même sexe sont multiples : adoption, PMA, coparentalité, GPA — chacune avec ses conditions, ses coûts et ses implications juridiques.
  • L’agrément d’adoption est instruit par le conseil départemental ; il ne garantit pas l’appariement, et l’attente réelle dépasse souvent deux ans.
  • Depuis la loi du 17 mai 2013, les couples mariés de même sexe peuvent adopter conjointement en France.

Homoparentalité : définition et réalités en france

Le mot « homoparentalité » est relativement jeune. C’est en 1997 qu’une association française l’a forgé pour désigner une réalité qui existait bien avant lui : des familles dans lesquelles au moins un parent se définit comme gay ou lesbienne. La définition s’est depuis élargie. Elle recouvre aussi bien le couple de femmes qui élève ensemble un enfant né par don de sperme, que le père gay dont les enfants sont nés d’une union hétérosexuelle antérieure, ou encore le couple d’hommes qui a adopté.

La filiation est au cœur de la question. En droit français, elle établit le lien juridique entre un enfant et ses parents, et détermine qui détient l’autorité parentale. Pendant longtemps, ce lien ne pouvait être établi qu’entre un enfant et un père et une mère. Les évolutions législatives successives — notamment la loi du 17 mai 2013 ouvrant le mariage aux couples de même sexe, puis la loi de bioéthique de 2021 — ont profondément reconfiguré ce cadre.

Les chiffres disponibles restent parcellaires. La loi française interdit de produire des statistiques fondées sur l’orientation sexuelle, ce qui rend toute estimation nationale difficile. Les enquêtes existantes reposent sur le volontariat et ne constituent pas des échantillons représentatifs. Malgré cette limite méthodologique, une étude démographique datant de 2020 indique que 27 % des couples de femmes vivaient avec au moins un enfant de moins de 18 ans dans leur ménage, contre 6 % des couples d’hommes. Cet écart considérable s’explique par les voies d’accès à la parentalité, très différentes selon le sexe des parents.

L’homoparentalité n’est pas une réalité uniforme. Elle recouvre des configurations très diverses :

  • des enfants issus d’une union hétérosexuelle précédente, élevés par un parent homosexuel et son nouveau partenaire ;
  • des familles constituées par adoption, individuelle ou conjointe ;
  • des enfants nés par procréation médicalement assistée (PMA), désormais accessible aux couples de femmes en France ;
  • des situations de coparentalité, impliquant un accord entre deux couples ou individus de sexes différents.

Le sujet revient régulièrement dans l’actualité parce qu’il cristallise des débats plus larges : sur la famille, sur l’intérêt de l’enfant, sur l’égalité des droits. Mais derrière les controverses, il y a des femmes et des hommes qui naviguent dans des démarches administratives complexes, des délais d’attente longs, et des regards parfois pesants. Comprendre ce que recouvre réellement l’homoparentalité, c’est la première étape pour en parler avec précision — et pour envisager concrètement les chemins qui y mènent.

Devenir parent quand on est homosexuel : quelles options existent

La question semble simple. La réponse, elle, dépend d’une multitude de facteurs : le sexe des partenaires, leur situation maritale, leur pays de résidence, leurs ressources financières et leur projet parental. Il n’existe pas une voie unique, mais plusieurs chemins — chacun avec ses contraintes juridiques, ses délais et ses implications en termes de filiation.

Pour les couples de femmes, la loi de bioéthique d’août 2021 a constitué une avancée majeure en ouvrant la PMA en France. Auparavant, beaucoup se tournaient vers la Belgique ou l’Espagne pour une insémination artificielle avec donneur anonyme (IAD), pour un coût oscillant entre 5 000 et 10 000 euros. Certaines avaient recours à des donneurs connus — amis, membres d’un réseau associatif — avec les incertitudes juridiques que cela implique. Depuis 2021, la filiation de la mère non gestatrice peut être établie dès la naissance par une reconnaissance conjointe anticipée rédigée devant notaire.

Pour les couples d’hommes, la situation reste structurellement plus difficile. La gestation pour autrui (GPA) est interdite en France. Elle est pratiquée dans certains pays étrangers — États-Unis, Canada, Ukraine avant 2022, Géorgie — mais son coût est prohibitif : entre 70 000 et 120 000 euros, avec un investissement en temps considérable. Son image dans le débat public français reste très clivée, ce qui constitue un frein supplémentaire pour de nombreux couples. L’adoption reste donc, dans les faits, la voie la plus accessible pour les hommes homosexuels souhaitant devenir pères ensemble.

Les autres configurations méritent d’être mentionnées :

  • La coparentalité : un couple de femmes et un homme (ou un couple d’hommes) s’accordent pour concevoir un enfant et l’élever ensemble, chacun reconnaissant l’enfant selon sa part biologique. Ce modèle implique une organisation de vie complexe et des accords informels qui n’ont pas toujours de traduction juridique claire.
  • Les enfants d’une union précédente : un parent homosexuel peut élever ses enfants biologiques avec son nouveau partenaire. La filiation du partenaire n’est pas automatique ; une adoption simple peut être envisagée si les conditions légales sont remplies.
Voie d’accès Accessible à Coût indicatif Filiation établie pour les deux parents ?
PMA en France Couples de femmes Pris en charge par l’Assurance maladie Oui (reconnaissance anticipée)
IAD à l’étranger Couples de femmes 5 000 – 10 000 € Variable selon le pays et la procédure
Adoption conjointe Couples mariés (H/F ou F/F ou H/H) Frais de dossier + déplacements Oui
GPA à l’étranger Couples d’hommes principalement 70 000 – 120 000 € Partielle (reconnue sous conditions en France)
Coparentalité Toutes configurations Variable Selon reconnaissance individuelle

L’accès à la parentalité reste donc structurellement inégal selon le sexe des partenaires. Les couples d’hommes font face à des obstacles financiers et juridiques nettement plus importants. C’est précisément dans ce contexte que Jimmy et Jérôme ont choisi l’adoption — et que leur parcours illustre, pas à pas, ce que cette démarche implique vraiment.

Le parcours de jimmy et jérôme : de l’agrément à la rencontre avec capucine

Le parcours de jimmy et jérôme : de l’agrément à la rencontre avec capucine

Tout a commencé par une conversation banale, un soir de semaine. Jimmy, 38 ans, et Jérôme, 41 ans, vivaient ensemble depuis six ans dans une maison de l’Eure. Ils avaient évoqué l’idée d’un enfant plusieurs fois, sans jamais franchir le pas. Ce soir-là, ils ont décidé de se renseigner sérieusement. Le lendemain matin, Jérôme appelait le conseil départemental.

La première étape est une réunion d’information collective, organisée par les services de l’aide sociale à l’enfance (ASE). On y explique ce qu’est un agrément d’adoption, ce qu’il permet et ce qu’il ne garantit pas. Jimmy se souvient d’avoir été frappé par une phrase du travailleur social : « L’agrément ouvre une porte. Il ne dit pas quand, ni si, un enfant passera par cette porte. » Le ton était posé, sans dramatisation. Mais le message était clair.

Le dossier de demande d’agrément comprend des pièces administratives classiques — justificatifs d’identité, de domicile, de revenus, extrait de casier judiciaire — mais aussi une évaluation sociale et psychologique approfondie. Pour Jimmy et Jérôme, cela a signifié plusieurs visites à domicile d’une assistante sociale, deux entretiens individuels avec une psychologue, et un entretien de couple. Les questions portaient sur leur histoire personnelle, leur relation, leurs motivations, leur réseau de soutien, leur vision de la parentalité.

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Ils ont obtenu leur agrément neuf mois après le dépôt du dossier complet. L’agrément précisait qu’ils étaient habilités à accueillir un enfant de moins de cinq ans. Puis l’attente a commencé. Une attente qui n’a rien d’abstrait : chaque appel téléphonique inconnu, chaque courrier du département, réveille une espérance immédiate. Jimmy raconte avoir vérifié sa boîte mail plusieurs fois par jour pendant des mois.

L’appariement — la mise en relation entre un enfant et une famille — est décidé par une commission de l’ASE, sur la base du profil de l’enfant et du projet parental de la famille. Les enfants concernés sont majoritairement des pupilles de l’État : des enfants dont le lien avec leurs parents biologiques a été rompu juridiquement, soit parce que ceux-ci ont fait une déclaration judiciaire d’abandon, soit à la suite d’une décision de justice. Capucine avait deux ans et demi quand son nom est apparu dans un appel téléphonique de l’ASE.

La rencontre s’est faite progressivement, selon un protocole encadré : d’abord une présentation en présence des référents de l’ASE, puis des visites de plus en plus longues, jusqu’au placement en vue d’adoption. Six mois après ce placement, le jugement d’adoption plénière a été prononcé. Capucine portait désormais le nom de famille de ses deux pères, avec une filiation complète et irrévocable. Elle avait quatre ans.

Ce parcours — du premier appel au jugement — a duré trente et un mois. Une durée dans la moyenne basse, selon les travailleurs sociaux qui les ont accompagnés. Certaines familles attendent bien plus longtemps. D’autres ne reçoivent jamais d’appariement.

Ces chiffres et ces étapes dessinent la réalité de l’adoption en France pour un couple homoparental. Mais ils ne disent rien des représentations qui pèsent sur ce projet — et que Jimmy et Jérôme ont dû affronter, dans leur entourage comme dans les regards croisés à la sortie de l’école.

Idées reçues sur l’homoparentalité : ce que disent les faits et le terrain

Les stéréotypes sur l’homoparentalité sont tenaces. Certains s’expriment à voix haute, d’autres restent dans les regards ou les silences. Les démêler un par un, avec ce que les recherches et les témoignages permettent d’affirmer, est une démarche utile — non pour clore le débat, mais pour l’ancrer dans des faits.

« Un enfant a besoin d’un père et d’une mère. » C’est l’argument le plus fréquemment avancé. Il repose sur l’idée que les rôles parentaux seraient nécessairement genrés et complémentaires. Les études disponibles — publiées notamment dans des revues de psychologie du développement — ne confirment pas que l’orientation sexuelle des parents influe négativement sur le développement de l’enfant. Une synthèse publiée en novembre 2019 sur l’état des recherches dans ce domaine soulignait que les enfants élevés dans des familles homoparentales ne présentent pas, en moyenne, de différences significatives sur le plan du développement cognitif, émotionnel ou social. Ces résultats doivent être lus avec prudence : les échantillons sont souvent issus du volontariat, ce qui introduit un biais de sélection. Mais ils ne valident pas non plus l’idée d’un préjudice structurel lié à l’homoparentalité.

« Les enfants souffriront du regard des autres. » C’est une préoccupation réelle, que les parents homoparentaux eux-mêmes formulent souvent. Capucine a eu ses premières questions à l’école maternelle : pourquoi elle avait deux papas, pas de maman. Jimmy et Jérôme y avaient réfléchi bien avant. Ils avaient préparé des réponses simples, adaptées à l’âge. La difficulté existe — mais elle tient davantage aux discriminations sociales persistantes qu’à la structure familiale elle-même.

« Les hommes gays ne devraient pas élever des enfants. » Ce préjugé associe, de façon infondée, homosexualité masculine et risque pour les enfants. Les chercheurs qui travaillent sur ce sujet identifient une persistance d’un soupçon social liant homosexualité masculine et pédophilie — une association qui ne repose sur aucune donnée empirique et que les instances scientifiques et judiciaires réfutent unanimement. Elle contribue néanmoins à rendre le parcours des pères gays socialement plus difficile que celui des mères lesbiennes.

« Ce n’est pas une vraie famille. » Sur le plan juridique, depuis 2013, une famille homoparentale constituée par des parents mariés et leurs enfants adoptés dispose des mêmes droits et des mêmes protections qu’une famille hétéroparentale. L’autorité parentale est partagée entre les deux parents adoptifs. La filiation est inscrite à l’état civil. Il n’existe pas de catégorie juridique inférieure.

Ce que le terrain révèle, c’est que les familles homoparentales font face à des discriminations concrètes — dans les formulaires administratifs qui ne prévoient que « père » et « mère », dans certaines réactions d’enseignants ou de soignants, dans les représentations véhiculées par les manuels scolaires. Ces obstacles sont réels et documentés. Ils ne sont pas liés à une incapacité parentale, mais à des structures sociales qui peinent à intégrer la diversité des formes familiales.

Comprendre ce que la loi permet réellement — et ce que les démarches exigent concrètement — permet de dépasser ces représentations et de s’appuyer sur un cadre juridique solide.

Adopter à deux : ce que la loi permet et ce que les démarches exigent

Depuis la loi du 17 mai 2013, les couples mariés de même sexe peuvent adopter conjointement en France. Cette ouverture est fondamentale : elle permet à deux personnes du même sexe d’être toutes les deux reconnues comme parents dès le jugement d’adoption, sans qu’il soit nécessaire de passer par une adoption successive. La condition est le mariage — le PACS ne suffit pas pour une adoption conjointe.

L’agrément d’adoption est la première étape incontournable. Il est instruit par le conseil départemental du lieu de résidence, via les services de l’ASE. La procédure comprend :

  • une réunion d’information obligatoire ;
  • le dépôt d’un dossier administratif complet ;
  • des évaluations sociale et psychologique (plusieurs entretiens, visites à domicile) ;
  • une décision du président du conseil départemental, valable 5 ans et renouvelable.

L’agrément ne garantit pas l’adoption. Il atteste que la famille présente des conditions d’accueil satisfaisantes pour un enfant. Le nombre d’enfants adoptables en France — principalement des pupilles de l’État — est structurellement inférieur au nombre de familles agréées. En 2022, on dénombrait environ 2 700 pupilles de l’État susceptibles d’être adoptés, pour un nombre de familles agréées bien supérieur.

L’adoption plénière et l’adoption simple répondent à des logiques différentes :

Critère Adoption plénière Adoption simple
Filiation d’origine Effacée, remplacée par la nouvelle Maintenue en parallèle
Irrévocabilité Oui (sauf exception très rare) Non (révocable sous conditions)
Nom de famille Celui des parents adoptifs Peut s’ajouter au nom d’origine
Droits successoraux Identiques à un enfant biologique Identiques, mais cumul possible avec famille d’origine
Usage courant Enfants pupilles de l’État, adoption internationale Enfant du conjoint, adoption d’un adulte

Pour les pupilles de l’État, l’adoption plénière est la norme. Pour un enfant du conjoint — par exemple, l’enfant biologique de l’un des deux partenaires — l’adoption simple est souvent envisagée, car elle préserve la filiation d’origine tout en créant un lien juridique avec le second parent.

La question de l’adoption internationale mérite une mention particulière. Depuis 2013, les couples mariés de même sexe peuvent théoriquement adopter à l’international. En pratique, la quasi-totalité des pays d’origine — y compris ceux avec lesquels la France a des conventions bilatérales — refusent d’apparier des enfants avec des couples homoparentaux. La Polynésie française, territoire français d’outre-mer, dispose d’une réglementation propre en matière d’adoption, et les démarches y sont distinctes de celles de la métropole. Ce contexte rend l’adoption internationale quasi inaccessible pour les couples de même sexe dans les faits.

Le projet d’enfant — notion centrale dans l’évaluation de l’agrément — doit être formulé avec précision : âge souhaité de l’enfant, fratrie ou non, capacité à accueillir un enfant présentant des besoins particuliers. Plus le projet est ouvert, plus les chances d’appariement augmentent. Jimmy et Jérôme avaient indiqué être prêts à accueillir un enfant jusqu’à cinq ans, avec ou sans fratrie. Cela a joué, selon leur référente ASE, dans la relative rapidité de leur appariement.

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Une fois l’adoption prononcée, la vie de famille commence — avec ses propres questions, ses démarches et ses joies. C’est là que la réalité quotidienne de l’homoparentalité se construit, loin des procédures.

Après l’adoption : filiation, quotidien familial et préparation d’un deuxième accueil

Après l’adoption : filiation, quotidien familial et préparation d’un deuxième accueil

Le jugement d’adoption plénière est prononcé. Capucine s’appelle désormais Capucine Moreau-Lefebvre — le nom accolé de ses deux pères. Sur son acte de naissance, deux lignes : « père », Jimmy ; « père », Jérôme. La filiation est établie, complète, irrévocable. L’autorité parentale est partagée entre les deux. Juridiquement, rien ne distingue cette famille d’une famille adoptive hétéroparentale.

Les premières démarches administratives post-adoption sont concrètes et nombreuses :

  • mise à jour du livret de famille ;
  • inscription de l’enfant sur la carte Vitale et les mutuelles des parents ;
  • déclaration aux impôts (quotient familial) ;
  • inscription à l’école, avec les documents d’état civil mis à jour ;
  • désignation de tuteurs en cas de décès des deux parents (testament ou déclaration notariée).

Le quotidien familial s’organise comme dans toute famille avec un jeune enfant. Les questions d’identité arrivent tôt. Capucine a demandé, vers ses cinq ans, pourquoi elle n’avait pas de maman. Jimmy et Jérôme avaient anticipé cette conversation. Ils lui avaient expliqué, simplement, qu’elle avait été adoptée, que sa maman de naissance n’avait pas pu s’occuper d’elle, et qu’eux l’aimaient et étaient là pour toujours. Les professionnels de l’adoption recommandent de ne jamais mentir sur les origines, et d’adapter le récit à l’âge de l’enfant.

La question des origines est centrale dans l’adoption en général, et elle prend une dimension supplémentaire dans les familles homoparentales. Capucine sait qu’elle a une histoire avant ses papas. Elle sait aussi que sa famille est la sienne, pleinement. Trouver l’équilibre entre ces deux réalités est un travail de long terme, souvent accompagné par des professionnels — psychologues, groupes de parole pour parents adoptifs.

Deux ans après l’adoption de Capucine, Jimmy et Jérôme ont entamé les démarches pour un deuxième agrément. L’agrément n’est pas automatiquement renouvelé : il faut redéposer un dossier, repasser les évaluations, et démontrer que les conditions d’accueil restent adaptées — désormais avec un enfant déjà présent dans la famille. Les travailleurs sociaux évaluent la dynamique familiale existante, la place disponible pour un deuxième enfant, et la capacité des parents à gérer la transition.

Jérôme décrit cette deuxième procédure comme « moins angoissante, mais plus complexe ». Moins angoissante parce qu’ils savent ce qui les attend. Plus complexe parce que Capucine est là, avec ses besoins, son rythme, et ses propres questions sur ce futur petit frère ou petite sœur qu’on lui a annoncé.

L’histoire de Jimmy et Jérôme n’est pas terminée. Elle est, pour l’instant, en attente — comme tous les dossiers en cours d’instruction. Mais elle illustre, mieux que beaucoup de discours, ce que signifie construire une famille homoparentale en France : de la ténacité, de la préparation, et une capacité à habiter l’incertitude avec sérénité. Pour ceux qui envisagent ce chemin, quelques repères pratiques peuvent faire la différence.

Conseils pratiques pour un projet d’homoparentalité : préparer son dossier et son entourage

Se lancer dans un projet parental en tant que couple de même sexe demande une préparation à la fois administrative, psychologique et relationnelle. Voici ce que les parcours comme celui de Jimmy et Jérôme, et les professionnels de l’adoption, permettent de dégager comme repères concrets.

Clarifier le projet parental avant tout. Avant de déposer quoi que ce soit, il est essentiel de s’accorder sur les grandes questions : quel âge d’enfant ? Une fratrie est-elle envisageable ? Êtes-vous prêts à accueillir un enfant avec des besoins spécifiques (santé, développement, histoire traumatique) ? Plus le projet est précis et cohérent, plus les évaluations se passent fluidement. Les évaluateurs ne cherchent pas des parents parfaits — ils cherchent des parents honnêtes sur leurs capacités et leurs limites.

Se marier si l’adoption conjointe est l’objectif. Le PACS ne permet pas l’adoption conjointe. Si les deux partenaires souhaitent être reconnus comme parents dès le jugement, le mariage est indispensable. Cette décision mérite d’être prise en amont, car les délais administratifs s’accumulent.

Constituer un dossier solide. Les pièces classiquement demandées comprennent :

  • acte de mariage ou de naissance ;
  • justificatifs de domicile récents ;
  • bulletins de salaire et avis d’imposition ;
  • extrait de casier judiciaire (bulletin n° 3) ;
  • certificat médical attestant de l’absence de contre-indication à l’adoption ;
  • photos du logement et du cadre de vie.

Anticiper les évaluations psychosociales. Ces entretiens ne sont pas des examens à réussir. Ils visent à comprendre le projet parental, l’histoire de chacun, la solidité du couple et le réseau de soutien. Être sincère sur ses doutes est perçu positivement. Présenter une façade lisse et sans aspérité peut au contraire inquiéter les évaluateurs.

S’appuyer sur des associations et des réseaux. Des associations de parents et futurs parents LGBT+ existent dans la plupart des grandes villes françaises. Elles proposent des groupes de parole, des témoignages, des informations juridiques et un soutien moral pendant l’attente. Dans l’étude qualitative citée plus haut, 19 des 27 hommes interrogés étaient ou avaient été membres d’une telle association — un chiffre qui dit l’importance de ces réseaux dans les parcours de paternité gay.

Préparer l’entourage. La famille élargie, les amis proches, les collègues : tous seront un jour ou l’autre confrontés à des questions sur la famille. Préparer des réponses simples, adaptées aux interlocuteurs, réduit les frictions. Les enfants de la famille — cousins, neveux — peuvent aussi être préparés à accueillir un nouveau membre sans en faire un événement extraordinaire.

Anticiper les questions de l’école. Les enseignants ne sont pas toujours formés à la diversité des formes familiales. Un rendez-vous en début d’année avec l’instituteur ou la directrice, pour présenter la famille simplement, peut éviter des maladresses. Certains livres pour enfants abordent l’homoparentalité de façon accessible et peuvent être proposés à l’enseignant comme ressource pour la classe.

  • Familles
  • Martin petit pingouin et ses deux mamans : A chacun son talent !: Un livre illustré inspirant sur l’estime de soi et l’amitié. Famille homoparentale.
  • Et toi, ta famille ?

Se préparer à l’attente. C’est peut-être le conseil le plus difficile à suivre. L’agrément obtenu, rien ne garantit un appariement rapide. Certaines familles attendent plusieurs années. Maintenir une vie équilibrée, des projets personnels et professionnels, et ne pas mettre sa vie entre parenthèses pendant l’attente, est un conseil unanimement formulé par les familles qui sont passées par là.

FAQ

Qu’est-ce que l’homoparentalité ?

L’homoparentalité désigne toute situation familiale dans laquelle au moins un parent se définit comme gay ou lesbienne. Le terme a été créé en France en 1997. Il recouvre des configurations très variées : adoption, PMA, coparentalité, enfants issus d’une union hétérosexuelle précédente. La filiation et l’autorité parentale sont au cœur des enjeux juridiques liés à ces familles.

Quelles sont les idées reçues sur l’homoparentalité ?

Les principales idées reçues concernent le développement de l’enfant (qui ne serait pas adapté sans un père et une mère), le regard des autres (présenté comme inévitablement destructeur) et, pour les pères gays, un soupçon infondé lié à la pédophilie. Les recherches disponibles ne confirment pas que l’orientation sexuelle des parents nuit au développement de l’enfant. Les difficultés réelles tiennent davantage aux discriminations sociales qu’à la structure familiale.

Est-ce que les homosexuels peuvent avoir des enfants ?

Oui. Les voies d’accès à la parentalité varient selon le sexe des partenaires. Les couples de femmes peuvent recourir à la PMA, désormais accessible en France depuis 2021. Les couples d’hommes ont principalement accès à l’adoption ou, à l’étranger, à la GPA — une option coûteuse (70 000 à 120 000 euros) et interdite en France. La coparentalité et l’accueil d’enfants issus d’une union précédente sont aussi des configurations existantes.

Est-il possible pour un couple homoparental d’adopter un enfant ensemble ?

Oui, depuis la loi du 17 mai 2013. Les couples mariés de même sexe peuvent adopter conjointement en France. Ils doivent obtenir un agrément d’adoption auprès du conseil départemental, puis attendre un appariement avec un enfant adoptable — principalement un pupille de l’État. L’adoption plénière efface la filiation d’origine et établit une filiation complète avec les deux parents adoptifs. En pratique, l’adoption internationale reste quasi inaccessible pour les couples de même sexe, la plupart des pays d’origine refusant les appariements avec des familles homoparentales.

Jimmy et Jérôme attendent. Leur dossier est en cours. Capucine, elle, parle déjà de son futur petit frère ou de sa future petite sœur comme d’une évidence. C’est peut-être ça, au fond, la réalité de l’homoparentalité : des enfants qui grandissent dans des familles qui les aiment, et des parents qui font le chemin, aussi long soit-il.

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